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Suivre en temps réel, grâce à des solutions de e-santé, les effets secondaires d’une chimiothérapie chez un patient permet de mieux les maîtriser. Ce qui lui ferait gagner autour de cinq mois de survie supplémentaires, selon une étude présentée lors de l’Asco, le plus grand congrès de cancérologie au monde.

L’efficacité pure des traitements n’est pas le seul paramètre pour que les patients atteints d’un cancer avancé gagnent des mois de vie supplémentaires. C’est du moins ce que s’attèle à démontrer une étude menée par l’oncologue américain Ethan Basch. Les résultats de cette expérience indiquent qu’un malade du cancer utilisant des technologies de santé numérique pour rapporter régulièrement les effets secondaires des chimiothérapies aux professionnels de santé gagne autour cinq mois de survie supplémentaire. Il faut toutefois réunir plusieurs conditions: un suivi engagé des médecins, avec une évaluation régulière des données, et la mise en place rapide de solutions pour limiter les effets secondaires.

Dans le cadre de cette étude, les patients sous chimiothérapie ont rapporté une douzaine d’effets secondaires subis, dont des pertes d’appétit, nausées, de la fatigue, ou encore des douleurs. Ils ont noté sur cinq l’importance de ces effets indésirables sur une application baptisée « Symptom Tracking and Reporting » (STAR). Les infirmières recevaient des alertes lorsque les symptômes s’aggravaient, et le médecin avait accès à des données analysées sur l’évolution des effets secondaires du patient qu’il pouvait mettre à profit lors des consultations.

« La surveillance accrue des patients améliore le contrôle des effets secondaires de la chimiothérapie pour mieux les combattre. Et des patients en meilleure forme sont amenés à augmenter leur durée de survie », expose, enthousiaste, Ethan Basch lors du congrès de l’American Society of Clinical Oncology (Asco), à Chicago, dimanche 4 juin. Son étude, qui s’est focalisée sur les cancers gynécologiques, du sein, génito-urinaire et du poumon, métastasés (lorsque les cellules cancéreuses se propagent en dehors de l’organe touché),  a également démontré que les patients pouvaient suivre la chimiothérapie durant deux mois supplémentaires (8,2 mois contre, 6,3 mois), grâce à l’amélioration de leur qualité de vie.

Une étude remarquée dans le plus grand congrès dédié à l’oncologie

L’étude a inclus 766 patients. 441 ont eu recours à un suivi régulier grâce à la santé numérique. Les autres personnes (325) bénéficiaient d’un suivi classique. Un suivi classique, c’est souvent l’impossibilité pour le patient de renseigner efficacement son médecin sur l’évolution de ses effets secondaires, la difficulté pour professionnels de santé de se focaliser dessus lors des consultations, souvent par manque de temps. Ou encore, la difficulté pour le patient d’informer les professionnels de santé en temps réel (via un appel téléphonique par exemple) d’un aggravement de ses symptômes.

In fine, les résultats de cette expérience pourraient remettre en question les pratiques des professionnels de santé en cancérologie. Car l’étude d’Ethan Basch a bénéficié d’un important coup  de projecteur en étant sélectionnée par l’Asco pour être présentée lors de la sacro-sainte séance plénière, qui met en avant les avancées les plus intéressantes en oncologie -quatre études seulement ont été sélectionnées pour cette édition 2017-.

Un gain de survie supérieur à six traitements contre le cancer lancés en 2016

Le meilleur argument pour convaincre les oncologues d’évoluer dans leurs pratiques est sans conteste le gain de survie enregistré. Cinq mois, ce n’est pas négligeable. Monika Kryzanowska, oncologue du  Princess Margaret Cancer Centre, venue défendre les résultats de cette étude, s’est permis d’effectuer un constat un brin provoquant devant un aréopage qui comprend des industriels du médicament « Voici les gains de survies médians obtenus grâce aux traitements contre les tumeurs solides, et ayant reçu le feu vert de la FDA en 2016« , lance-t-elle en présentant un tableau tiré des données de l’Agence américaine des médicaments. « Avec le suivi accru des effets secondaires des patients, nous retrouvons des gains de survie meilleurs que ceux de ces médicaments, l’olaratumab (un traitement contre le sarcome) excepté ». Six traitements contres les tumeurs solides sur sept validés par la FDA l’année dernière ne dépassent pas les 4,5 mois de survie supplémentaires (en valeur médiane) par rapport au traitement standard, en général une chimiothérapie.

« Pour que cette surveillance pro-active des symptômes devienne une nouvelle norme de soin, il faudra dépasser d’importantes barrières », continue Monika Kryzanowska.

Selon elle, la principale barrière vient des institutions publiques. « Les systèmes de santé actuels ne sont pas habitués à couvrir ce type d’actes. »

Article par Jean-Yves Paillé sur La Tribune

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