Il y a 6 ans maintenant, je créais 1001Pharmacies avec mon associée Sabine Safi. Nous étions jeunes (23 ans), tout juste sortis des études, mais nous voulions déjà moderniser la santé sur Internet et faciliter l’accès aux produits de santé pour tous.

J’étais loin de m’imaginer à l’époque que cette aventure serait si intense. C’est donc en octobre 2012 que nous avons lancé après 1 an de travail, ce qui est maintenant le leader online de la vente de produits de santé en France: 1001Pharmacies.com

L’idée était simple : développer l’Amazon de la pharmacie: un site e-commerce dédié à la vente de produits de santé en ne travaillant qu’avec des officines françaises pour sécuriser la provenance des produits. 5 ans plus tard, plus de 1000 pharmacies physiques françaises utilisent 1001Pharmacies pour y vendre leurs produits.

Face à des concurrents e-commerce traditionnels qui financent leurs stocks et leur logistique, nous avons rapidement profité des avantages liés au modèle marketplace. Nous étions les seuls à pouvoir proposer plus de 30 000 produits de santé à la vente. C’est grâce à cet avantage concurrentiel que nos ventes ont rapidement explosé pour passer de 1 million d’euros en 2013 à 15 millions d’euros en 2016.

L’équipe, elle aussi, a connu la même progression pour rapidement atteindre les 40 employés.

Repenser en continu le modèle pour l’adapter aux évolutions du marché

Face à cette forte croissance, nous avons appris à nous adapter en permanence aux spécificités sectorielles, aux problématiques opérationnelles rencontrées, et aux mentalités conservatrices.

Une des dernières difficultés rencontrée a concerné la logistique: le modèle marketplace e-commerce impliquait de fait que chaque pharmacie partenaire devienne centre-logistique en préparant elle-même les colis à expédier quotidiennement aux internautes.

En période de forte affluence sur le site, les pharmacies partenaires les plus importantes se sont retrouvées à devoir préparer 300+ commandes par jour. Ce qui, je vous laisse imaginer, demande une organisation déjà bien éprouvée.

Cependant, pour que la qualité des colis soit complètement irréprochable, les pharmaciens ont dû investir: en temps, en recrutement de personnes dédiées à l’activité Internet, en achats de stocks, en modernisation de leur officine. Il fallait donc offrir à ces pharmacies, la garantie qu’en échange de leurs investissements, nous allions continuer à développer leur chiffre d’affaires via Internet.

Ce qui est tout simplement impossible. Le modèle marketplace a la vertu de toujours privilégier le vendeur le mieux-disant en termes de prix dans l’intérêt du client-final (l’internaute qui achète). Nous étions donc incapables de garantir à nos pharmacies partenaires qu’en échange de leurs investissements, nous allions continuer à leur garantir un chiffre d’affaires constant. Tout comme Amazon ne le fait pas non plus avec les vendeurs qui utilisent sa plateforme pour vendre leurs produits.

Transformer la marketplace en un site e-commerce d’enseigne

Il m’est donc apparu nécessaire d’intégrer verticalement la chaîne de valeur. En effet, la meilleure des garanties que nous pouvions apporter aux pharmacies partenaires quant à la pérennité de notre partenariat, était d’aller beaucoup plus loin dans celui-ci. Les pharmacies les plus dynamiques nous ont alors rapidement proposé d’afficher l’enseigne 1001Pharmacies sur la devanture de leurs officines. Cette intégration avait un double but: (1) créer une marque omnicanale de pharmacies, avec toutes les interactions web & physiques que l’on peut imaginer, (2) améliorer la notoriété de 1001pharmacies et rassurer les clients quant au sérieux de la marque.

L’association du leader e-commerce français, à un réseau de pharmacies physiques indépendantes, permettait d’entrevoir les nombreux services à offrir aux consommateurs, comme on peut le retrouver dans tous les autres secteurs d’activités non réglementés.

Savoir se concentrer sur ce que l’on sait faire

La création et l’animation d’un réseau de pharmacies physiques auraient demandé un savoir-faire important ou un apprentissage long et coûteux avant que les bénéfices ne soient réellement visibles pour le consommateur. Il m’a donc semblé plus intéressant de m’associer avec des pharmaciens dynamiques ayant déjà cette expérience «retail» de la pharmacie.

1001Pharmacies a donc mené pendant 18 mois des discussions avec le groupement Médiprix, composé de 70 pharmacies, dans le but de faire fusionner les deux sociétés. Jérôme Escojido et Bertrand Pages, tous deux pharmaciens et fondateurs de Médiprix, partagent la même vision de la pharmacie que la mienne : la convergence du web et du retail sera essentielle pour faciliter l’accès à la santé et permettre aux pharmaciens d’exprimer toutes leurs valeurs ajoutées auprès des consommateurs.

Malheureusement, après 18 mois de discussions, nous ne sommes pas parvenus à un accord qui satisfasse l’ensemble des actionnaires de 1001Pharmacies, préférant le modèle pure-player au modèle intégré. Le projet a donc été mis à l’arrêt en ce début d’année 2017.

Le Décathlon de la Santé: ma vision de la pharmacie chevillée au corps

Face à ce désaccord stratégique, j’ai pris la décision de quitter 1001Pharmacies pour une nouvelle aventure.

Je suis très fier du parcours accompli avec mon associée et mes équipes en seulement 6 ans. Je remercie également les actionnaires qui m’ont fait confiance et qui ont investi plus de 10 millions d’euros dans 1001Pharmacies pour en faire une des belles startups de la French Tech. Je reste persuadé que 1001Pharmacies et son nouveau président ont toutes les cartes en main pour atteindre rapidement les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 5 ans.

Je quitte donc 1001Pharmacies pour m’associer à Jérôme et Bertrand dans l’aventure Médiprix et prendre la Direction Innovation de la société. J’ai été impressionné et convaincu par la vision forte de Médiprix et par le travail que Jérôme et Bertrand ont réussi à accomplir en seulement 18 mois. En fédérant déjà un réseau national de 70 pharmacies pour un chiffre d’affaires cumulé de 280 millions d’euros, Médiprix à su convaincre les pharmacies sur la valeur ajoutée forte qu’ils étaient capables de leur apporter, à savoir des outils numériques innovants pour faciliter la gestion de l’officine et améliorer l’expérience-client.

Pour moi, Médiprix a tout le potentiel pour devenir le futur «Décathlon de la Santé»: une marque emblématique, une stratégie d’entreprise forte favorisant l’innovation, et une vision ambitieuse prônant l’expérience-client et la découverte avant le consumérisme.

Voici la pharmacie que je veux m’atteler à créer.

Article par Cédric O’Neill,  cofondateur de 1001Pharmacies et directeur innovation chez Mediprix,  sur FrenchWeb

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